Il a étudié l'informatique à Calabar, au sud-est du Nigeria. Pas la mode. Pas le stylisme. L'informatique. Et c'est en cousant des vêtements pour ses camarades d'université, juste pour arrondir ses fins de mois, qu'il a compris qu'il ne ferait jamais autre chose de sa vie.
Emmanuel Okoro a lancé Emmy Kasbit en janvier 2014 sans jamais avoir mis les pieds dans une école de mode. Ce que Paris prend des décennies à valider, Lagos le savait depuis le début. Depuis dix ans, il construit une marque qui fait quelque chose de rare dans la mode internationale : elle raconte une seule histoire, avec une seule matière, sans jamais dévier.
L'Akwete est un tissu tissé à la main par des femmes artisanes de l'État d'Abia, dans le sud-est du Nigeria. C'est le tissu de la tribu Igbo, celle d'Okoro. On le reconnaît à ses motifs géométriques denses, à ses couleurs saturées, à la façon dont il tient le corps différemment de n'importe quel autre tissu. Ce n'est pas du wax. Ce n'est pas du kente. C'est quelque chose que la mode internationale ne connaissait pas vraiment avant qu'Okoro en fasse sa signature.
En 2021, Emmanuel Okoro remporte le grand prix inaugural de Africa Fashion Up à Paris, organisé en partenariat avec Balenciaga. Le jury comprenait Martina Tiefenthaler, directrice artistique de Balenciaga, et Vanessa Moungar, directrice diversité de LVMH. Ils ont été frappés par la rigueur du tailoring, par la façon dont l'Akwete habillait des silhouettes inattendues, par la cohérence absolue d'une vision construite sans compromis depuis dix ans.
Il défile à Paris. Il est mentionné chez Balenciaga. Angela Merkel a porté Emmy Kasbit lors d'une visite officielle au Nigeria en 2019. Theresa May également. Le monde politique international habille son corps en Akwete pendant que la presse mode parisienne regarde ailleurs.
Sa collection printemps-été 2018 s'appelait "An Ode to My Father". Elle s'inspirait des photos de son père dans le Nigeria des années 1970, un homme qui s'habillait avec une précision et une classe que le fils a absorbées sans le savoir. Cette collection a tout dit sur ce qu'est Emmy Kasbit : pas une marque ethnique, pas une marque "africaine" au sens réducteur. Une marque personnelle. Une marque de mémoire.
En 2022, Okoro a fondé la Emmy Kasbit Initiative avec son associé Daniel Olurin. L'objectif est direct : employer les femmes des communautés Akwete, les rémunérer correctement, et leur garantir une stabilité que l'artisanat traditionnel ne leur avait jamais assurée. Chaque collection passe par leurs mains. Chaque pièce qui part en boutique à Lagos ou à Paris a été tissée dans l'État d'Abia.
Ce n'est pas du développement durable au sens où l'industrie occidentale entend ce mot, comme un label ou une communication de marque. C'est une décision économique et culturelle qui a précédé la tendance. Okoro travaillait comme ça avant que la mode décide que c'était vertueux.
C'est exactement ce que ÉBÈNE croit aussi. Il y a quelque chose de fondamental dans le fait de s'habiller avec intention. Emmanuel Okoro l'a compris à Calabar, en cousant pour ses camarades d'université, avant que la mode internationale lui donne raison.
Emmy Kasbit est disponible sur emmykasbit.com et présent à la Fashion Week de Paris.
Numéro 1 · ORIGINES · 2026


