Le basin riche est un tissu de coton damassé qui vient à l'origine d'Autriche, importé en Afrique de l'Ouest au XIXe siècle, adopté, transformé, et rendu à ce point inséparable de l'élégance sénégalaise qu'on oublie complètement d'où il vient. C'est exactement ce que fait la mode quand elle fonctionne : elle s'empare de quelque chose et le fait sien jusqu'à en changer la nature. Un grand boubou en basin brodé à la main par un tailleur de Dakar n'est pas un vêtement traditionnel. C'est une œuvre de haute couture qui n'a pas besoin de Paris pour exister.
Mulatu Astatke est né à Jimma en 1943. Il a étudié la musique à Londres, au Berklee College of Music à Boston, puis à New York. Ce qu'il a rapporté en Éthiopie c'est un dialogue entre le jazz américain et les gammes pentatoniques éthiopiennes. Ce disque, sorti en 1974, a donné son nom à un genre entier : l'éthio-jazz. Quand Jim Jarmusch l'a utilisé dans "Broken Flowers" en 2005, une nouvelle génération a découvert ce que certains savaient depuis trente ans. Le vinyle original en pressing éthiopien vaut aujourd'hui plusieurs centaines d'euros sur les marchés de collectionneurs. Mais ce n'est pas pour ça qu'on le cherche.
La coopérative Bogoya regroupe des femmes productrices de karité dans la région du Sahel au Burkina Faso. Elles extraient, traitent et conditionnent le beurre à la main selon des méthodes transmises depuis des générations. Ce n'est pas une cosmétique de luxe au sens où l'industrie entend ce mot. C'est quelque chose d'antérieur et de plus puissant : une matière première que des femmes transforment avec précision, et qui voyage de leurs mains jusqu'à votre peau. Le rapport direct entre la productrice et l'utilisateur est ici presque intact. C'est rare.
Ekow Eshun est directeur artistique, critique culturel, ancien directeur de l'Institute of Contemporary Arts de Londres. Ce livre rassemble des portraits photographiques d'entrepreneurs africains du continent et de la diaspora. Ce qui en fait un objet nécessaire ce n'est pas la qualité des photos, qui est remarquable, mais le regard qu'Eshun porte sur ses sujets : sans condescendance, sans exotisme, sans le moindre misérabilisme. Des hommes et des femmes qui ont construit quelque chose, photographiés comme ce qu'ils sont. On en a besoin sur nos bibliothèques.
L'or ashanti n'est pas de la joaillerie au sens occidental du terme. C'est un système symbolique complet. Chaque pièce a une signification précise : statut, clan, fonction. Le poids de l'or portait littéralement le pouvoir. Les musées européens en sont pleins, acquis dans des circonstances que les lois actuelles sur les restitutions commencent à examiner sérieusement. Il existe aujourd'hui des orfèvres à Accra qui travaillent les techniques traditionnelles Ashanti avec une précision et une connaissance historique qu'aucun bijoutier occidental ne peut revendiquer. Trouver leur travail, le porter, c'est faire quelque chose que les collections de musée ne permettent pas : établir un lien vivant avec une tradition qui continue.
Numéro 1 · ORIGINES · 2026